Voilà une promesse de bien-être au travail et de temps libre qui commence à infuser dans la société : la semaine de 4 jours. Au nord de l’Europe, en Islande, jusque sous le soleil d’Espagne, des expérimentations de ce mode d’organisation inspirent ou inquiètent. Entre réfractaires à la baisse du temps du travail et enthousiastes devant une nouvelle manière d’être productif, où est la vérité ? Pour le savoir, faisons un tour d’horizon de cette idée peut-être pas si folle et de ses conséquences sur l’entreprise et le salaire. Alors, pour ou contre la semaine de 4 jours ? 

La semaine de 4 jours : de quoi parle-t-on vraiment ?

Utopie de la génération Y et Z ou véritable secousse dans la sacro-sainte semaine de 5 jours, la semaine de 4 jours fait de plus en plus débat dans les tendances RH. Mais que représente-t-elle concrètement ?

La semaine de 4 jours, oui, mais comment ?

La semaine de 4 jours ne signifie pas seulement gagner son vendredi pour avoir un long week-end. Toutes les configurations sont possibles pour, une fois l’année achevée, avoir travaillé l’équivalent de 4 jours par semaine. Si bien que l’on peut imaginer différents scénarios : 

  • En priorité la « vraie » semaine de 4 jours en temps plein (avec n’importe quel jour de la semaine non travaillé)
  • Une semaine sur 5 du lundi au vendredi non travaillée 
  • Un week-end de 4 jours toutes les 2 semaines
  • Un mois libre sur 5 de congés
  • Etc.

Selon l’entreprise, le type d’emploi et les besoins de personnels, la forme de la semaine de 4 jours peut ainsi changer et s’adapter au gré de l’activité.

Le principe concret de la semaine de 4 jours

La semaine de 4 jours est-elle un gain de temps ou bien l’obligation de fournir la même capacité de travail avec moins de temps devant soi ? Cette question n’est pas tranchée.

Dans certaines entreprises, la semaine de 4 jours s’accompagne d’une meilleure organisation des tâches pour ne pas surcharger la semaine.

Dans d’autres organisations, les salariés doivent fournir le même travail dans ce laps de temps, mais il s’ajoute à des décisions qui font gagner du temps (moins de réunions, plus de concentration, l’intégration de nouveaux outils).

Des exemples de semaine de 4 jours dans des entreprises en France et … au Japon

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la semaine de 4 jours n’est pas totalement nouvelle en France. Elle a non seulement déjà été expérimentée, mais elle est même devenue un mode de travail habituel dans certaines entreprises. Le Japon, réputé pour sa rigidité au travail, s’est lui-même laissé tenter.

  • Welcome to the Jungle : dans cette entreprise dont le cœur de métier est justement le travail, la question de la semaine de 4 jours s’est posée dès 2019. Si la démarche ne provenait pas des salariés, mais de la direction, elle a été approuvée à 90 % au cours d’un vote. Pour autant, il ne s’agissait pas d’abattre en 4 jours le travail de 5, mais de réorganiser les journées. Dans le même temps, WTTJ a été accompagné par un cabinet de conseil et a mis en place des solutions numériques qui suppriment les tâches chronophages et accélèrent la collaboration, telles que la combinaison de la messagerie Slack et du logiciel d’organisation Notion.
  • Yprema (en semaine de 4 jours depuis 1997 !) : ce que certains peuvent prendre pour une idée utopique en France existe depuis bien longtemps dans cette entreprise leader de la transformation des déconstructions du BTP en matériaux routiers. Les salariés sont ainsi payés 5 jours pour 4 journées de travail. S’en est suivi une dizaine de CDI signés chaque année en plus d’avoir rendu les [salariés plus efficaces et plus heureux.](<salariés plus efficaces et plus heureux>)

Même au Japon, la semaine de 4 jours a été expérimentée. Cela s’est notamment produit chez Microsoft pour les 2300 salariés du groupe dans l’archipel au mois d’août 2019. La productivité a ainsi augmenté de 40 % et d’autres avantages ont été mis en avant (baisse de la consommation d’énergie et de papier). Néanmoins, ce test n’a pas été renouvelé pour le moment.

Les avantages de la semaine de 4 jours pour les collaborateurs

Le principe de la semaine de 4 jours vise avant tout au bien-être des collaborateurs, lequel doit ensuite transparaître au travail. Cela se traduit par 3 bénéfices principaux :

  • Avoir plus de temps pour soi (pratique sportive par exemple), sa famille, ses projets personnels pour trouver un meilleur équilibre vie pro VS vie perso. Si cela concerne toutes les générations, ce besoin de créer autre chose que de « la valeur travail » touche plus particulièrement les nouvelles générations. 
  • Bénéficier de plus de repos pour être plus productif et créatif pendant les 4 jours de travail. Plus les salariés sont reposés, plus ils sont – en principe – en forme pendant leurs heures au bureau.

Moins de pollution : que ce soit dans les trajets domicile-travail (comme l’a déjà montré le télétravail) ou la consommation d’énergie dans les bureaux, une journée de travail en moins dans une semaine, ce sont autant de rejets de CO2 évités et d’économie pour l’entreprise.

Les avantages pour l’entreprise

L’entreprise demeure évidemment au cœur de cette réflexion. Ce changement d’organisation doit, en bout de chaîne, lui garantir sinon une hausse de productivité, au moins une continuité du travail.  

Accroître le bien-être / la QVT et en faire un vecteur de la marque employeur

Offrir à ses collaborateurs plus de temps personnel est un marqueur de bien-être et d’une attention portée à la vie de chacun en dehors du travail. 

Le désir des nouvelles générations de travailler moins pour s’impliquer dans des projets personnels devient aussi un élément important de la marque employeur. La semaine de 4 jours apparaît ainsi pour beaucoup comme un bénéfice - au-delà du salaire – tout comme une barrière contre le burn-out.

Bénéficier de plus de productivité et d’idées

Ce temps pour soi doit en outre créer une valeur créative. Les projets personnels, les activités culturelles et sportives que permet la semaine de 4 jours sont autant d’occasions pour les collaborateurs d’aiguiser leur curiosité et de s’oxygéner l’esprit. Si bien que pendant leurs heures de travail, ils montrent plus d’inventivité.

Créer des emplois ?

Cet argument ne vaut que si l’entreprise croît, justement par la mise en place d’une organisation qui augmente la performance. Mais, en soit, la semaine de 4 jours n’est pas le déclencheur d’une hausse des embauches. Dans l’entreprise d’équipements informatiques LDLC, malgré tous les autres avantages de la semaine de 4 jours, cela n’a pas entraîné de création d’emplois, ou très peu.

Les inconvénients de la semaine de 4 jours pour les collaborateurs et l’entreprise

Des inconvénients à la semaine de 4 jours peuvent apparaître si le changement de mode de travail n’a pas été suffisamment préparé en amont : 

  • Une éventuelle baisse de salaire
  • Un manque de temps pour effectuer ses tâches (certaines personnes peuvent avoir besoin de ces 5 jours)
  • Une possible démobilisation en faveur du temps libre
  • L’incompréhension des clients (mais qui tend à disparaître au profit d’une meilleure répartition des tâches) 

Pour ou contre la semaine de 4 jours ? Le débat est difficile à trancher tant il dépend de critères propres à chaque entreprise. Mais quand cela devient possible, ce nouveau mode d’organisation doit s’appuyer sur des critères clairs de productivité et dans des solutions qui font gagner du temps. Le mieux étant d’être accompagné pour trouver les meilleures approches afin de compenser la 5e journée. Travailler 4 jours par semaine n’est dans tous les cas plus une utopie !