[INTERVIEW - Catherine Testa] L’optimisme, racine de la QVT ?

Catherine Testa est auteur, co-fondatrice de L’Optimisme.com, plateforme d’initiatives positives et également du Club des CHO (Chief Happiness Officers).

Dans son livre « Osez l’Optimisme ! » elle tente d'offrir des clefs pour réenchanter notre quotidien. Elle est amenée à intervenir sur des problématiques et enjeux RH, comme le bien-être au travail et la QVT.

Quels sont les piliers d’une politique QVT sport & bien-être réussie ?

Pour moi, l’essentiel se résume en 5 points.

  • Proposer aux salariés et ne pas imposer
  • Donner l’exemple
  • Expliquer pourquoi
  • Accompagner
  • Responsabiliser

Quels sont les écueils à éviter ?

La réponse tient en 4 points. Il ne faut jamais :

  • Imposer
  • Culpabiliser
  • Ne pas expliquer
  • Ne pas accompagner

[N.D.L.R. : Pour que votre démarche Qualité de Vie au Travail soit un succès, retrouvez-toutes nos fiches pratiques sur le blog, rubrique RH. Nous avons notamment un article qui reprend nos 8 recommandations pour un programme QVT optimal.]

Quelle est la place du CHO dans une politique QVT de sport et bien-être mise en place et portée par les RH ?

Il est l’interlocuteur facile d’accès, qui écoute, qui accompagne parce que les systèmes RH s’intéressent à ce qui est macro quand le CHO va plus pouvoir s’intéresser à ce qui est micro. Il va souvent être l’interlocuteur privilégié par sa disponibilité et il va être le regard d’innovation. Il va être le liant qui va permettre à tous d’ôter le costume salarié, manager, RH au profit de la singularité de chacun. Il va prendre les gens comme ils sont et pas en fonction de qui ils sont.

Souvent le CHO va proposer de nouvelles idées aux systèmes RH. Il a du temps qui est dédié à rechercher l’innovation, à chercher comment acculturer. Le système RH propose, le CHO diffuse.

Vous avez dit ceci : “l’optimisme, c’est partir de l’idée que l’on peut améliorer le futur”. Comment imaginez-vous le futur du travail ?

Qu’est-ce que sera le travail demain ? En l'occurrence est-ce qu’il y aura encore du travail ? Est-ce que le travail de demain ne sera pas d’utilité sociétale ? Est-ce que le pré-requis au travail ne sera pas de se questionner sur le sens de ce qu’on fait ?

Est-ce qu’au lieu de se dire “tu fais quoi dans la vie” on ne se dira pas “c’est quoi ton utilité dans la vie” ?

Ce seront probablement des gens qui travailleront de n’importe où. Pour la valeur ajoutée par rapport à la machine ce sera la capacité d’être authentique et singulier.

[N.D.L.R. : si le futur du travail vous passionne, retrouvez notre livre blanc2031, l’Odyssée du travail”.]

L’optimisme est-il la caractéristique essentielle à diffuser pour un futur du travail qui donne envie ?

Pas forcément, je pense que l’optimisme va de pair avec la responsabilité de faire au mieux ce pour quoi on a été embauché. A mon avis, si demain il faut retenir un mot pour l’entreprise c’est la complémentarité. Sans salariés pas de managers, sans managers pas de patrons, sans patrons pas de salariés… Globalement chaque personne est nécessaire.

Je ne pense pas que l’optimisme soit une condition sinéquanone à l’entreprise de demain. J’aimerais qu’elle le soit, mais je ne pense pas. Pour moi l’enjeu c’est la responsabilité. Se rendre compte qu’on est tous responsable de sa micro action. En entreprise on co-crée l’ambiance.

Pour l’entreprise de demain, le plus important sera la responsabilité et la juste place pour toute personne.

Quel est votre scénario du travail en 2030 avec des personnes optimistes ? Et avec des pessimistes ?

Je suis absolument convaincue qu’on créé la société qu’on imagine. Si on continue à coup de scénario utopique ou scénario catastrophique - à la “Black Mirror” - qui vous expliquent le pire qu’on puisse faire avec les outils digitaux, l’IA etc... On va le créer !

On ne crée que des outils, à nous de savoir ce qu’on en fait et à nous de nous dire soit on utilise l’outil à des fins sociétales intelligentes soit pour un objectif fourbe. A nous de devenir des philosophes dans les startups. Le portable qu’on a dans la main c’est pas une innovation tech mais une innovation sociale. A nous de voir l’impact d’Uber sur le contrat de travail. A nous d’avoir un regard critique et du recul dans les startups pour envisager les utilisations de l’outil et ses conséquences. Si on a des optimistes on mettra l’outil “au service de”, et si on en a pas l’outil sera “la cause de”.

Osez l'optimisme Catherine testa

Osez l'optimisme de Catherine Testa

Comment conjuguer au travail optimisme et esprit critique ?

C’est une caricature, l’optimisme est confondu avec la naïveté.

Je suis quelqu’un de très optimiste, j’arrive à capitaliser sur les talents des gens par contre je ne suis pas naïve, j’ai monté une boite, je suis une entrepreneuse.

L’optimisme ne s’oppose pas à l’esprit critique bien au contraire. L'optimiste va avoir une profonde connaissance de ce qui va se passer. Si on envisage pas le meilleur on ne le créera pas. L’optimisme c’est ce qui me pousse à me battre pour faire mieux qu’hier.

Si vous deviez donner vos tendances 2019 aux DRH, quelles seraient-elles?

La société est en train de bouger. L’entreprise n’arrive pas à voir la société qui bouge avec optimisme. On est en train de rentrer dans une ère de l’influence et dans une société de plus en plus transparente. La société est en train de se responsabiliser, elle se digitalise. Même un kiné aujourd’hui va se digitaliser... Les grandes tendances se porteront sur la marque employeur, le recrutement de demain, l’ère de l’influence, l’économie de la fonction. Il faut que les DRH regardent ce qui se passe chez leurs salariés et cela se passe par l’intérieur de l’entreprise.

[N.D.L.R. : Retrouvez notre article sur les 8 enjeux RH de 2019.]

Passons désormais à un quizz ! A l’aube de 2019 en France…

Le salarié est optimiste ?

Ça dépend ! Je ne travaille qu’avec des gens passionnés qui tentent de hacker leur système de l’interne. Je pense qu’il faut arrêter de penser salarié mais personne. Il faut enlever la casquette B2C et B2B. Ceux qui sont optimistes c’est ceux qui se rendent compte qu’ils ont le pouvoir d’agir.

Le Millennial est-il optimiste ?

Ça ne veut rien dire Millennials. Cela reste quelqu’un qui ne veut plus faire sa carrière dans la même entreprise. Il y aura autant de Millennials optimistes que de salariés optimistes. C’est quelqu’un qui va s’exprimer plus fort.

Le DRH est-il optimiste ?

Je pense qu’il faut être optimiste pour être DRH demain. On est tellement rentré dans un système où tout va basculer, où on ne recherche pas les mêmes compétences. Et comme demain on va rechercher des compétences que le système éducatif ne nous a pas donné, le DRH va devoir revoir l'éducation de ses salariés et la formation. Les compétences du salarié sont ailleurs. Il doit être optimiste pour assurer le pilotage des talents, plus dans les soft skills que dans les compétences mathématiques.

Le CEO est-il optimiste ?

Outre le fait que certains disent qu’il y aura une grosse crise en 2019, le CEO se rend compte que la population est en train de bouger et le bon CEO va se dire que c’est extraordinaire. Il faut que l’ensemble des salariés co-créent l’entreprise de demain.

Le progrès technologique est-il optimiste ?

Pour moi ce sont les CDO qui ont une meilleure vision, tout ceux qui gèrent la data et le digital dans l’entreprise. Ils se rendent compte de la bipolarité et de l’impact du digital sur la population. Ce sont eux qui ont compris que le bien-être est une condition sinéquanone au modèle organisationnel de l’entreprise de demain.

2018 a-t-elle été une année optimiste ?

Ah oui ! On a commencé à parler de l’optimisme et de la qualité de vie au travail. Comme tout nouveau sujet soit on en a peur, soit on dit que c’est du bullshit, soit on s’y intéresse. En 2018, on s’est rendu compte que la thématique était en train de grossir, les personnes vont choisir les entreprises dans lesquelles ils ont envie de travailler.

Si les salariés ne sont pas les meilleurs ambassadeurs d’une entreprise, elle n’a aucune chance de recruter les bons.

Aujourd’hui on a pas d’autres choix que de s’intéresser au bien-être, à l’optimisme et à toute cette contribution sociétale.

2019 va-t-elle être une année optimiste ?

Je pense que l’ère de l’influence et de l’authenticité va être de plus en plus importante. Ça sera une année passionnante. Cela va remettre en question beaucoup de systèmes. On va revenir au bon sens : pour anticiper l’entreprise de demain il va falloir revenir à la singularité des salariés. On a oublié l’humilité en entreprise. Je pense que cette année sera intéressante au niveau du questionnement et de la remise en question.