[INTERVIEW] Portrait de la génération Y par un startupeur

Chez Uptoo, les Millennials sont monnaie courante. Avec près de 95% de salariés de la génération Y, Steve Compere, Directeur Associé du 1er cabinet de recrutement français spécialisé sur les bons commerciaux, côtoie depuis des années ces travailleurs d’un nouveau genre : recherche de flexibilité, d’un management horizontal, d’expériences au détriment de l’argent et du respect de la hiérarchie.

Pour mieux comprendre leurs attentes, Steve Compere nous dresse le portrait de cette génération des 18-24 ans qui continue de bouleverser les méthodes de management.


La génération Y, c’est quoi ?

Steve Compere : C’est une génération ultra connectée, qui n’attend plus la même chose de l’entreprise. Elle sait que l’entreprise ne pourra pas lui offrir ce qu’elle a promis à ses parents : une carrière, la stabilité, la sécurité de l’emploi…


C’est une génération en recherche de flexibilité plus que de sécurité, qui a un rapport à la hiérarchie différent, ils attendent plus d’exemplarité que de respect du statut et de la hiérarchie.


C’est une génération qui cherche plus à se réaliser, à s’accomplir que la réussite, l’argent, la promotion, la carrière… Ce sont des gens qui ont envie de pouvoir se retourner et de se dire “j’ai fait des choses bien, j’ai appris”, plus que : “j’ai pu me payer ça, qu’est-ce que j’ai réussi financièrement”.

J’ai des collaborateurs qui réussissent très bien chez nous, avec des revenues élevés et pour autant ils partent sur des projets type “entrepreneur” au bout de quelques années avec des prises de risques énormes et de l’insécurité.


Locaux Uptoo


Comment résumeriez-vous leurs caractéristiques ?

Steve Compere : Si on veut reprendre sur la caractéristique des Y, effectivement c’est une génération numérique, deuxièmement c’est une génération qui a une envergure mondiale : certaines études montrent qu’il y a moins d’écart entre un Français de 25 ans et Sud-africain de 25 ans qu’il y a d’écart entre un Français de 25 ans et un Français de 50 ans. C’est une génération qui a accédé plus facilement aux mêmes informations via le numérique. Ils ont le savoir à portée de clic, ils challengent beaucoup plus les décisions, n’ont pas le même rapport à l’autorité ni à la hiérarchie. Ils ne prennent plus de décisions “verticales”, il y a une sorte de contre-pouvoir. Ils ont besoin de mieux comprendre, qu’on leur explique car ce ne sont pas des gens à qui ont dit “fais-ci, fais-ça”.


Quelle est la vision du travail aujourd’hui que vous ressentez chez les Millennials ?

Steve Compere : Ce qui est sûr c’est qu’ils ne se bercent pas d’illusions. La vision du travail qu’ils ont aujourd’hui c’est : “je sais que l’entreprise ne pourra pas m’apporter ce dont j’ai vraiment besoin”, ils sont assez réalistes par rapport à ça.


Ils ont une vision un peu pessimiste de l’entreprise. Ils considèrent que l’entreprise est dure, injuste mais sont par ailleurs idéalistes.


La moitié d’entre eux a pour projet de devenir entrepreneur. Finalement, il y a un peu d’optimisme, de pessimisme, d’idéalisme. Je pense surtout que la vision qu’ils ont du travail est une vision à plus court terme. Quand ils commencent un job, ils apprennent, grandissent dedans mais s’en détachent plus vite. Ils s’investissent, attendent beaucoup de choses de l’entreprise, ils préfèrent enchaîner des expériences de courte/moyenne durée pour rapidement prendre ce qu’ils ont à prendre et ensuite aller faire autre chose ailleurs. Ils ne veulent pas s’installer dans une routine. Est-ce positif ? Je ne sais pas mais c’est qui leur permet de ne pas stagner, de ne pas être en zone de confort. Finalement il vaut mieux quelqu’un qui reste 2/3 ans qui donne beaucoup en grandissant et en progressant que des gens qui vont stagner arrivés à ce stade. Pour moi ce n’est pas du tout péjoratif.


Vont-ils bousculer le monde du travail ? Si oui, comment ?

Steve Compere : C’est déjà le cas, je pense que nous sommes passés d’un rapport très axé sur la subordination à un rapport beaucoup plus axé sur la collaboration où les Y sont en rechercher de “win-win”. Cela oblige aussi les entreprises à changer leurs processus de recrutement, d’onboarding, de management, de montée en compétence des équipes. Il faut désormais être capable de travailler sur sa marque employeur, la manière d’aborder le candidat en entretien… Au quotidien dans l’entreprise il faut également partager, donner de la vision au collaborateur, communiquer sur les réussites et les échecs. Je pense que rien que ça modifie les rapports entre entreprise et salariés.


C’est une génération en demande d’échanges et si elle n’a pas ça soit elle s’en va, soit elle désengage. Ce sont des pertes énormes pour l’entreprise.


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Inversent-ils le rapport de force en entreprise ?

Steve Compere : Je ne suis pas très à l’aise avec le terme de “rapport de force”, je pense que quand il y a un rapport de force dans un environnement où les gens sont censés se côtoyer sur des durées très longues, ce n’est pas très vertueux. Ce qu’ils inversent, c’est le rapport à l’autre. Ils sont plus “cash”, ils vont plus facilement dire qu’ils ne sont pas d’accord, confronter leurs avis aux décisions de l’entreprise, remettre en question un certain nombre de pratiques. C’est plus une remise en question qu’une inversion du rapport de force. Pour moi, c’est donc une modification des rapports entre les personnes en entreprise parce que c’est une génération qui a plus besoin d’échanger, de se challenger. Très facilement le Y a accès à tout ce qui se passe ailleurs : aux conditions de travail, aux pratiques managériales, à toutes les innovations. Maintenant on veut plus facilement appliquer ce qui se passe dans les autres entreprises. Chez les startups notamment, il y a vraiment l’idée de prendre la bonne idée du voisin ! Il y a un apport d’innovation, de volonté de changement qui est amené par les Y, qui est vraiment riche pour les entreprises. Ils ont envie d’apporter des choses différentes dans l’intérêt de l’entreprise, aussi dans l’intérêt de leur confort au travail. Contrairement à ce qu’on croit, je pense que ce sont des gens qui ont envie de travailler dans des boîtes modernes, sympas, bienveillantes et ils sont fiers de dire qu’ils travaillent pour ces entreprises là. Ils veulent développer ce sentiment de fierté en faisant avancer l’entreprise. Il y a une liberté de parole qui est plus forte chez eux et qui doit être prise comme quelque chose de positif.


En quoi se différencient-ils des anciennes générations ?

Steve Compere : Plus instantanée, plus challengeante, bizarrement je pense que ce sont des gens très investis pour le temps qu’ils restent en entreprise. Je ne crois pas trop au côté franc tireur. De mon côté, j’ai toujours été surpris par leur capacité d’engagement, certes sur des périodes plus courtes, je ne voudrais pas qu’on laisse à penser que ce sont des gens qui sont moins engagés dans l’entreprise. Quand ils sont bien, ils donnent beaucoup.

C’est une génération qui se contente moins du confort, qui prend plus de risques. Dès lors qu’ils ont fait le tour du job, qu’ils sentent qu’ils n’apprennent plus, qu’ils rentrent dans une zone de confort, ils partent plus facilement.

Si on arrive à mettre en place un mode de management sain, bienveillant, ouvert et franc, ce seront des équipes avec qui il sera agréable de travailler parce qu’il y a une véritable proximité qui s’installe. Il y a des libertés mais des limites à ne pas dépasser. D’un côté ou de l’autre le management ne doit pas trop aller vers de l’affectif, le personnel, il faut trouver les bonnes limites pour éviter les débordements.


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Comment séduire un Millennials en 3 mots ?

Steve Compere : “Que veux-tu ?”, je pense qu’ils sont avant tout séduit par des entreprises qui s’intéressent à qui ils ont en face d’eux et à ce qu’ils ont envie d’apporter. Il faut s’assurer de l’adéquation du projet professionnel et personnel avec ce que l’entreprise est capable de proposer.


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